Projets

Industrie 4.0 - Stratégie numérique

Une analyse économique de la stratégie de transformation numérique des entreprises industrielles

Le contexte

En raison de la nature de leurs activités principales, les entreprises industrielles ne comptent pas nécessairement parmi les premières organisations à adopter les technologies numériques. L’effet réel de la digitalisation et la probabilité qu’elle engendre une disruption restent, dans une certaine mesure, encore inconnus. D’autres secteurs comme les médias, les télécommunications, le commerce de détail ou les services financiers ont en effet été beaucoup plus touchés par la révolution numérique que les entreprises manufacturières. Pour ces dernières, le lancement d’une transformation numérique implique souvent la mise en œuvre de technologies numériques – objets connectés, science des données, robotique, impression 3D, etc. – au sein de leurs opérations. Il s’agit généralement d’améliorer la « façon de faire les choses », tout en continuant à produire le même type de choses (i.e. une gamme de produits inchangée) et à les vendre aux mêmes catégories d’acheteurs en suivant les processus habituels (i.e. le même business model). Cependant, la littérature a montré dans quelle mesure les technologies numériques peuvent également faciliter l’innovation dans les services des acteurs industriels [1]. Ceci tout en remodelant leur avantage concurrentiel (i.e. en changeant les règles du jeu), en permettant de nouvelles façons de délivrer leur proposition de valeur sur le marché (i.e. innovation du business model), et enfin en transformant la configuration de leurs chaînes d’approvisionnement (i.e. conception du modèle d’exploitation).

Le challenge

Le débat sur l’industrie 4.0 s’embrase de plus en plus rapidement. Alors que tous les regards sont tournés vers les questions liées à l’état de préparation opérationnelle des entreprises et aux défis que pose la mise en œuvre des technologies numériques, les sujets plus stratégiques semblent moins populaires. Ces sujets comprennent, sans s’y limiter : la « servitisation » des entreprises de fabrication, le passage à des modèles « As-a-Service » et « Pay-per-Use », la « plateformisation » d’une entreprise traditionnelle à intégration verticale, l’utilisation et éventuellement le partage de données au sein de la chaîne de valeur. Dans cette perspective, John Cockerill est actuellement confronté aux impacts de la digitalisation :

  • Ses clients veulent de plus en plus de nouvelles technologies à l’intérieur des produits mais la valeur ajoutée apportée n’est pas toujours bien définie ;
  • Ses concurrents ont de plus en plus recours au digital pour offrir de nouveaux services, ce qui rend le marché encore plus compétitif ;
  • Les nouvelles technologies apparaissent si rapidement que les méthodes de développement des futurs produits doivent être modifiées, ce qui oblige les ingénieurs à changer d’état d’esprit.

Par conséquent, il manque encore aujourd’hui une compréhension approfondie de la manière dont les acteurs industriels peuvent exploiter avec succès les technologies numériques pour entreprendre une transformation de leur business model.

Question clé et objectifs

Sur base des éléments susmentionnés, la question clé peut être formulée comme suit :

« Comment les entreprises industrielles peuvent-elles construire des solutions innovantes pour réinventer leurs activités et se préparer pour l’avenir en exploitant les technologies numériques ? »

Cette vaste question peut être décomposée en plusieurs questions de recherche à différents niveaux stratégiques :

  • Quel sera l’impact de la digitalisation sur le business model des entreprises industrielles ?
  • Quel est le potentiel des modèles de location ou de paiement à l’utilisation par rapport à la vente traditionnelle d’équipements ?
  • Les entreprises industrielles devraient-elles passer d’une logique centrée sur le produit à une logique plus centrée sur le service ?
  • Quel type de possibilités les technologies numériques offrent-elles aux entreprises industrielles pour améliorer leurs relations avec leurs clients ?
  • Dans quelle mesure les technologies numériques modifieront-elles la manière dont les clients achètent les produits industriels ?
  • En quoi les technologies numériques pourraient-elles être bénéfique aux processus de conception et de production ?

La recherche doit se situer à l’intersection de l’économie industrielle (en particulier les axes de recherche sur les plateformes, la concurrence oligopolistique, la conception du marché) et de la gestion stratégique (en particulier les axes de recherche sur l’innovation en matière de business models, la stratégie d’entreprise et la transformation numérique). Pour comprendre et traiter les questions et les problèmes mentionnés ci-dessus, l’interaction et les échanges avec les acteurs industriels sont essentiels.

Les principaux objectifs du projet de recherche, du point de vue de la contribution managériale, seront les suivants:

  • Estimer l’impact de la digitalisation sur le marché de John Cockerill et trouver quelle position l’entreprise doit adopter pour conserver son leadership ;
  • Analyser l’impact de la digitalisation sur ses business models ;
  • Analyser la concurrence et son niveau de maturité en matière de digitalisation.

D’un point de vue théorique, les principaux objectifs du projet de recherche seront les suivants:

  • Étudier le rôle joué par les plateformes de données (ou les plateformes de partage de données) dans les processus industriels qui impliquent tous les acteurs de la chaîne d’approvisionnement, y compris les éventuels concurrents ;
  • Comprendre les options possibles en matière de création de valeur, dans un contexte de digitalisation accrue ayant un impact sur les business models des entreprises industrielles ;
  • Étudier l’émergence d’écosystèmes industriels dans lesquels les acteurs traditionnels sont soit menacés par des outsiders (c’est-à-dire des entreprises qui n’appartiennent pas traditionnellement à la sphère industrielle), soit sont eux-mêmes en mesure de déstabiliser d’autres industries en modifiant les règles du jeu.

[1] Ardolino M., Rapaccini M., Saccani N., Gaiardelli P., Crespi G. and Ruggeri C. (2018), The role of digital technologies for the service transformation of industrial companies. International Journal of Production Research, Vol. 56, No. 6, pp. 2116–2132.


À propos de John Cockerill

John Cockerill (anciennement CMI) conçoit, installe, modernise et entretient des équipements pour l’énergie, la défense, la sidérurgie, l’environnement et d’autres industries en général. John Cockerill assiste ses clients tout au long du cycle de vie de leurs équipements afin d’améliorer les performances économiques, techniques et environnementales de ces équipements. Les avantages de John Cockerill sont nombreux : une combinaison unique d’expertise en ingénierie, maintenance et gestion de projets techniques internationaux, une vaste portée géographique et technologique, et une capacité à innover en fonction des besoins concrets de ses clients.

John Cockerill compte plus de 6 000 employés expérimentés en Afrique, au Brésil, en Chine, en Europe, en Inde, en Nouvelle-Calédonie, au Mexique, en Russie et aux États-Unis. Fière de son passé et consciente de ses propres capacités à inventer les processus du futur, John Cockerill entend contribuer à relever les défis de la société actuelle et à générer un progrès industriel durable au profit de ses clients, de ses employés, des communautés dans lesquelles elle est implantée et de la planète.

À propos de la SRIW

Le groupe SRIW (Société Régionale d’Investissement de Wallonie) contribue au développement économique de la région wallonne à travers le financement partiel d’entreprises ou de projets de développement situés en Wallonie. Elle investit dans la croissance, aux côtés d’investisseurs privés, par le biais de prêts et de fonds propres. En tant que partenaire financier fiable, professionnel et ambitieux, le Groupe SRIW soutient les projets appartenant à la filière de recherche appliquée Industrie 4.0 du HEC Digital Lab.